Brexit: les entreprises commencent à se projeter en dehors du Royaume-Uni.

Londres, 20 juil 2017 – Les choix d’EasyJet et de grandes banques américaines de se renforcer en Europe au détriment de Londres, à cause du Brexit, risquent de faire des émules si le gouvernement ne clarifie pas rapidement ses intentions, avertit le patronat.

Depuis la décision des Britanniques de quitter l’Union européenne (UE), nombre d’entreprises basées au Royaume-Uni échafaudent des plans pour s’adapter à certaines complications une fois le pays sorti de l’orbite de Bruxelles (changements de régulation, difficultés pour rester actif dans l’UE à partir de leur seule base britannique, perspectives de barrières au commerce, etc.).

Jusqu’à présent, peu d’entreprises ont claironné des annonces de déplacement massif d’employés vers le continent mais les piqûres de rappel se multiplient pour les autorités britanniques qui ont bouclé jeudi une deuxième série de négociation avec leurs partenaires européens, sans qu’aucune avancée n’ait été annoncée.

EasyJet, l’une des principales compagnies aériennes européennes, a ainsi annoncé le 14 juillet la création à Vienne d’une filiale européenne, afin de pouvoir continuer de voler sans entrave dans l’Europe – que le Royaume-Uni quitte ou non le ciel unique européen lors du Brexit.

Même si l’entreprise au logo orange et blanc promet de ne pas bouger d’emplois du Royaume-Uni vers l’Autriche, cette annonce revient à y détacher la gestion d’une bonne part de l’activité de la compagnie britannique, basée près de Londres.

Des informations sont aussi sorties cette semaine à propos des projets à Francfort de deux banques américaines qui souhaitent y concentrer certaines de leurs activités européennes, quitte à y déplacer quelques emplois depuis

Londres: c’est le cas de Morgan Stanley, d’après une source proche du dossier, et de Citigroup, d’après un document interne consulté jeudi par l’AFP.

– Flou artistique –

Au printemps, le fabricant d’alcool Diageo avait confirmé la délocalisation d’une centaine d’emplois en dehors du Royaume-Uni, en partie du fait de la sortie de l’UE. Mais le secteur financier est le plus concerné jusqu’à présent par le Brexit qui pourrait priver les banques installées au Royaume-Uni des fameux « passeports financiers » européens, qui permettent à tout établissement situé dans un pays de l’UE de travailler dans les autres pays de l’union.

D’autres banques américaines, comme JPMorgan et Goldman Sachs, ont déjà dit vouloir déplacer des centaines d’emplois de Londres vers le continent, où plusieurs banques européennes (HSBC, Deutsche Bank, UBS) vont renforcer leur présence. Les établissements japonais Sumitomo Mitsui Financial Group et Nomura vont créer pour leur part une nouvelle filiale européenne à Francfort.

Une source patronale a expliqué à l’AFP que nombre d’entreprises étaient sur le point de passer à l’action car l’heure tourne et qu’elles n’ont pas reçu d’assurance du gouvernement britannique quant au contenu ni au calendrier d’une période de transition qui permettrait d’atténuer le choc du Brexit.

Une étude publiée jeudi par le lobby des grandes entreprises Institute of Directors (IoD) souligne que 57% des sociétés travaillent sur des plans d’adaptation au Brexit mais que seules 11% ont commencé à les mettre en application. « L’incertitude à propos des futures relations du Royaume-Uni avec l’UE figure parmi les principales inquiétudes des entreprises. Elles se préparent au Brexit mais n’ont souvent pas encore agi, donc il y a encore une chance pour le gouvernement de les dissuader de mettre ces plans en application », a expliqué Stephen Martin, le directeur général de l’IoD.

Accusée de faire la sourde oreille aux craintes patronales, la Première ministre Theresa May a ouvert des concertations avec les entreprises depuis son revers électoral aux législatives du 8 juin, qui ont renforcé les partisans d’une transition plus « douce ».

Une réunion est prévue jeudi après-midi à Downing Street, avec des grands patrons comme Dave Lewis du géant des supermarchés Tesco et Roger Carr du fabricant d’armes BAE Systems. Mais les divergences et luttes de pouvoir au sein du gouvernement conservateur empêchent toute ligne claire d’émerger et de garantir une période de transition, déplore le patronat.

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