Qui a tué Banco Popular? L’Espagne continue de s’interroger…

Madrid, 17 juin 2017 – Y a-t-il quelque chose de louche derrière le sauvetage de Banco Popular? L’Espagne a continué de s’interroger cette semaine sur les zones d’ombre du rachat in extremis de la sixième banque espagnole, au bord de la faillite, par sa compatriote Santander.

Lundi, le ministre de l’Economie Luis De Guindos a pourtant répété devant le Congrès que les règles européennes avaient été suivies « au pied de la lettre » dans la nuit du 6 au 7 juin, lors du déclenchement par la Banque centrale européenne (BCE) d’un nouveau mécanisme de sauvetage des banques.

Destinée à protéger les contribuables lors des faillites bancaires, l’opération avait abouti en quelques heures au rachat de la sixième banque espagnole par la première Banco Santander, pour la somme d’un euro. Le ministre de l’Economie a confirmé que Popular n’avait plus de liquidités dès le mardi 6 juin, et n’aurait pas pu ouvrir le lendemain si elle n’avait pas été rachetée.

Les 60 milliards d’euros de dépôts des épargnants ont été préservés et « pas un euro de fonds publics » n’a été dépensé pour le sauvetage, s’est félicité le ministre, sans réussir à faire taire les critiques. Le quotidien économique Expansion a ainsi révélé lundi que des collectivités locales avaient retiré avant le rachat leur argent de Popular, aux côtés des fonds d’investissements, participant ainsi à la crise de liquidités.

Ces retraits « ont coïncidé avec le moment où les autorités économiques nationales affirmaient que Popular remplissait les exigences de la régulation et tentaient de donner confiance aux épargnants »,dénonce le journal.

Banque zombie

Plus largement, « comment une banque zombie s’est-elle maintenue pendant cinq ans? Quel a été le rôle du gouvernement et des autorités de supervision? », a interpellé le député socialiste Pedro Saura au Congrès. Une référence au temps écoulé depuis le sauvetage européen des banques espagnoles en 2012, refusé par Popular, plombée par ses actifs immobiliers « toxiques », des biens saisis après l’explosion de la bulle immobilière à des acheteurs incapables de rembourser leurs prêts.

Mardi, les inspecteurs de la Banque d’Espagne se sont eux étonnés de l’estimation du cabinet Deloitte, utilisée comme base par les autorités européennes pour fixer le prix de vente à 1 euro, qui situait la valeur de Popular « entre moins 2 milliards et 8 milliards d’euros ». Avec une fourchette tellement large, « soit les scénarios sont d’une extrême diversité, soit l’expert ne l’est pas tant que ça, soit il n’est pas si indépendant », écrivent-ils en soulignant « la futilité des stress tests » réussis par Popular l’été 2016.

Avec le temps « on comprendra si le décès (de Popular) était inévitable ou pas », analysent les inspecteurs, estimant qu' »il a été décidé de permettre que la maladie suive son cours jusqu’à devenir incurable ». Aurait-on par exemple pu stopper la fuite des liquidités en interdisant l’intense spéculation à la baisse sur l’action Popular?

« Si les ventes à découvert avaient été interdites pendant trois mois, Banco Popular serait toujours vivante », estime Roberto Tornabell, spécialiste des banques de l’école de commerce Esade. Mais ce maintien en vie aurait sans doute nécessité un sauvetage public. Un scandale que ne pouvait pas se permettre le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, minoritaire au Parlement, confronté cette semaine à une motion de censure du parti de gauche radicale Podemos, estime l’universitaire.

En parallèle, Banco Santander est en train d’étudier des compensations pour certains petits actionnaires, qui ont perdu tout leur investissement. La banque risque d’avoir à faire face à des milliers d’actions judiciaires: deux plaintes ont déjà été déposées en Espagne et d’autres seraient en préparation aux Etats-Unis.

L’association de consommateurs OCU, au nom de 9.500 petits actionnaires, accuse par exemple l’ancienne direction de Popular et le cabinet d’audit PwC d' »escroquerie » et « falsification comptable » lors de l’augmentation de capital de juin 2016. Si la justice leur donnait raison, « les contribuables pourraient avoir à payer », car les obligations Popular étaient assorties d’une garantie de l’Etat, explique M. Tornabell.

Le feuilleton promet d’être long mais ne devrait pas atteindre l’ampleur du scandale Bankia, qui avait absorbé la moitié du prêt européen de 41 milliards de 2012. Plus de 70% des aides publiques de l’époque risquent de ne jamais être récupérées selon la Banque d’Espagne.

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