Analyse : Le rachat de Yahoo! par Verizon signe l’échec de sa patronne Marissa Mayer  – Par Glenn Chapman et Julie Charpentrat.

San Francisco, 12 juin 2017 – Parmi les derniers « pionniers » de l’internet encore indépendants, Yahoo! va être absorbé par Verizon, signant l’échec de sa patronne Marissa Mayer, qui n’a pas pu sauver le groupe et a vu son image d’enfant chérie de la Silicon Valley en souffrir.

L’opération, annoncée l’été dernier, doit être finalisée ce mardi: Yahoo! vend à Verizon, un géant des télécoms, son coeur de métier (portail internet, mails, régie publicitaire…), pour 4,5 milliards de dollars. Yahoo! va fusionner avec une autre étoile déchue d’internet, AOL, rachetée précédemment par Verizon, pour former une entité appelée Oath.

Marissa Mayer est donc parvenue à boucler la fusion selon le calendrier prévu en janvier, une bien maigre consolation pour celle qui était vue comme la possible sauveuse de Yahoo! à son arrivée en 2012. Elle devrait quitter le groupe dans la foulée. Avec, en poche, selon la presse, des indemnités de départ de 186 millions de dollars. Mme Mayer a « hérité d’une vraie pagaille, dans une entreprise qui avait déjà perdu son rôle de leader dans la recherche internet », résume l’analyste Tim Bajarin (Creative Strategies).

Son arrivée avait suscité d’autant plus d’espoirs qu’elle venait de chez Google, au succès duquel elle avait largement contribué.

– Une série de rachats –

Au sein de Yahoo!, elle s’était lancée dans une série de rachats, dont le site de micro-blogging tumblr en 2013 pour plus d’un milliard de dollars. Mauvaise idée: au lieu d’aider à renouer avec les jeunes internautes, cela a plombé ses comptes. « Tenter de résoudre (les) problèmes en procédant à des rachats fonctionne rarement », juge Rob Enderle du cabinet Enderle Group à propos de la stratégie de Marissa Mayer.

Malgré ses efforts (priorité au mobile, à la vidéo et aux contenus), la croissance n’est pas repartie. Yahoo! a manqué plusieurs virages, selon les analystes, notamment en échouant à monétiser ses services. Les internautes s’en sont peu à peu détournés, au profit de Google et Facebook, qui ont siphonné ses revenus publicitaires.

Symbole du déclin de la société de Sunnyvale: sa capitalisation boursière n’est plus que d’environ 40 milliards et repose largement sur ses parts dans le géant chinois de la vente en ligne Alibaba, bien loin des 125 milliards de dollars de valorisation au tournant des années 2000. Pour autant, même si elle n’était pas le casting idéal pour ce poste, Marissa Mayer n’a pas été non plus suffisamment aidée par son conseil d’administration qui l’a mise « en mauvaise posture », sans personne pour la guider, estime Robert Enderle.

Même son dernier chantier, la vente à Verizon, a été semé d’embûches: le groupe a avoué en 2016 que la quasi-totalité des boîtes mail de ses utilisateurs avaient été piratées en 2013 et 2014. Yahoo! reste d’ailleurs visé par des enquêtes sur la manière dont il a géré l’affaire, ainsi que par plusieurs recours collectifs d’utilisateurs et d’investisseurs.

Ces révélations, qui ont coûté son bonus à Mme Mayer, ont failli remettre en question le rachat par Verizon. Le groupe avait finalement confirmé ses ambitions, moyennant un report de l’opération et une ristourne de 350 millions de dollars, nouveau coup dur pour l’image de la patronne. A seulement 42 ans, « niveau carrière, elle est finie », juge Robert Enderle.

Née dans une petite ville du Wisconsin (nord des Etats-Unis), cette femme blonde aux yeux bleus aux allures de star a pourtant suivi un parcours exemplaire dans le monde des nouvelles technologies. D’abord vendeuse dans une épicerie, elle a étudié l’informatique à la prestigieuse université de Stanford en Californie, avant de rejoindre Google en 1999. Elle contribuera à l’élaboration du moteur de recherche et de sa page d’accueil, avant de lancer des services phares comme Google Maps.

Ironie du sort, c’est justement Google qui a largement contribué à détrôner Yahoo!, créé à l’origine comme un annuaire internet par deux étudiants. Son entrée en Bourse en 1996 fut à l’époque la plus importante pour une start-up de la high-tech.

L’entreprise, qui conservera les actifs financiers non rachetés par Verizon (essentiellement la participation dans Alibaba), sera rebaptisée Altaba et servira surtout de véhicule d’investissement.

Quant à l’avenir de la marque Yahoo!, les spéculations vont bon train mais il serait logique que le géant conserve la célèbre marque, estiment les analystes. Selon la presse américaine, jusqu’à 2.100 emplois pourraient être supprimés après l’opération.

 

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